Apprenez à gérer les polarités

Soyez dans le « et » plutôt que dans le « ou »

C’est en parcourant le livre de Barry Johnson « Polarity Management, Identifying and Managing Unsolvable Problems », que nous avons eu à cœur de partager avec vous cette pratique qu’est la gestion des polarités tant ce concept pourrait vous permettre de solutionner des problématiques managériales, parfois épineuses à résoudre au sein de vos équipes projets.

 

Qu’est-ce que gérer une polarité ?

Une polarité est un ensemble d’opposés qui ne peuvent pas bien fonctionner indépendamment. En effet, étant donné que les deux côtés d’une polarité sont interdépendants, vous ne pouvez en choisir une comme solution et négliger l’autre. L’objectif de la gestion d’une polarité est d’obtenir le meilleur des deux opposés en évitant les limites de chacune. Autrement dit, c’est l’exemple de l’inspiration et de l’expiration qui vont de pair.

Prenons un cas concret de management : nous considérons volontiers aujourd’hui, dans nos organisations, que la solution au management directif demeure le management participatif, que le travail individuel trouve une réponse dans le travail collaboratif. Ainsi dans nos environnements professionnels nous mettons un point d’honneur à favoriser les seconds éléments, quitte à considérer les premiers comme péjoratifs et à les oublier au fil du temps.

 

Le « et » plutôt que le « ou »

Nous nous orientons donc souvent vers le « ou » (nous ferons de telle façon ou de telle façon…). Pourtant, il serait judicieux de les considérer comme des polarités ! Cela nous permettrait de transformer ce fameux « ou » en « et » et de transcender notre management pour tirer le meilleur du travail, qu’il soit à la fois individuel et collectif, à l’instar de la cartographie réalisée ci-dessous :

D’après Barry Johnson, « Une polarité est un modèle de l’être humain pour se donner un langage et permettre d’objectiver les choses par une représentation cartographiée. Une polarité ne comprend pas seulement que deux variables interdépendantes mais plusieurs ».

Nous avons eu la chance de rencontrer un personnage fascinant qui excelle dans l’art de gérer les polarités, notamment dans le domaine de la gestion de conflits. Il s’agit de monsieur Eric Jauffret, docteur en histoire et anthropologue renommé. Ce dernier développe et partage depuis 25 ans son management équanime : savant mélange de « bienveillance et d’implacabilité » ! Car, en effet, l’un est le garde-fou de l’autre. La bienveillance est nourricière pour qu’une personne puisse encaisser l’implacabilité. Cet érudit, nous offre des clés de compréhension du leadership de crise. « Le leader attaque les raisonnements, pas les raisonneurs », comme il se plaît si bien à le dire.

 

Utiliser les processus subjectifs et objectifs

Une polarité est un cycle, un processus plus ou moins long dans le temps. Nous pouvons citer d’autres exemples classiques de polarité tels que stabilité et changement, rationnel et émotif ou encore planifier et agir.

Quoiqu’il en soit, tout groupe humain échange une polarité universelle, formée par deux natures de processus. Paul Watzlawick[i] parle de « relation » et de « contenu ». Il s’agit des processus subjectifs et objectifs :

  • Les processus subjectifs sont invisibles. Ils représentent la façon dont nous échangeons (le « comment ») : nos relations, notre degré d’ouverture aux autres, la culture de notre organisation.
  • Les processus objectifs sont visibles. Ils sont le contenu de ce que nous échangeons dans les relations. Ils recouvrent tout ce qui a trait à la finalité du groupe (qu’on pourra appeler le « quoi »). Pour une équipe dans une organisation, ce sera ses métiers, sa vision, sa stratégie, ses indicateurs, …

Ces deux processus sont bel et bien interdépendants et s’influent mutuellement. De plus, ils sont d’égale importance sur la bonne marche d’une équipe. Il faut donc travailler les deux dimensions pour accroître la puissance d’un groupe.

Ainsi, déterminer une polarité donne le moyen de passer du cerveau subjectif inconscient au cerveau objectif où la prise de conscience vous permet de mettre des mots sur des dilemmes insolubles. Vous discernerez les véritables problématiques. Vous serez plus efficaces car vous ne gâcherez pas votre énergie à tenter de résoudre ces dilemmes que constituent les polarités. Vous détiendrez une meilleure compréhension des changements organisationnels que vous désirez opérer. Vous négocierez plus aisément avec ceux qui s’opposent à vos changements et avec ceux qui proposent des changements que vous ne souhaitez pas. Votre processus décisionnel sera amélioré.

 

[i] Paul Watzlawick est membre fondateur de l’école de Palo Alto en Californie. Il est un des plus brillants théoriciens dans le domaine de la communication et du constructivisme radical.

 

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