La Blockchain : une chance pour la Nouvelle-Calédonie ?

La démographie de la Nouvelle-Calédonie est parfois considérée comme un obstacle à son marché de l’innovation. Et si la technologie blockchain, porteuse de concepts innovants et de sens, venait remettre en question le préjugé – et même aller au-delà ? La promesse de la blockchain : de nouveaux usages, de nouvelles perspectives économiques et un formidable levier technologique pour résorber les inégalités sur le territoire.

 

Mais la blockchain… c’est quoi ?

Pour faire simple, c’est un livre de registre numérique où l’on va consigner toutes les transactions (sans jamais pouvoir les modifier). Chaque transaction est écrite dans un bloc (comme une page de livre), ce bloc ayant une capacité limitée, on passe au bloc suivant une fois le précédent rempli.

Entre les deux, des techniques cryptographiques permettent de lier le contenu du bloc nouvellement ajouté au bloc précédent. Ces blocs et ces liens sont créés et validés par un grand nombre d’ordinateurs connectés par un réseau (public ou “décentralisé”, comme internet, privé ou “centralisé”, comme un réseau d’entreprise).

Pour résumer les grands principes, une blockchain est :

  • Un grand livre de transactions.
  • Immuable, infalsifiable, sécurisée, (certaines résistent déjà aux futurs ordinateurs quantiques…), transparente si elle est décentralisée.
  • N’est pas basée sur un “système de confiance” (dans le sens d’avoir confiance à un tiers comme par exemple dans un système notarial) mais sur un consensus (plusieurs entités indépendantes s’accordent sur un résultat et sur la suite à donner).

 

La beauté de la chose

Le point de départ de cette révolution, c’est l’unicité. Si l’on vous donne un billet de banque de 1 000 XPF, le donneur ne l’a plus et vous, vous le détenez.

Avec la technologie blockchain, c’est la même chose : elle va garantir qu’un objet numérique est unique, comme l’est un billet de banque dans le monde physique.

De plus, dans le cas d’une blockchain décentralisée, les transactions enregistrées peuvent être tracées et vérifiées publiquement. Ainsi tout le monde peut visualiser le contenu de la blockchain et vérifier que la transaction a bien eu lieu, que le bien numérique est authentique, unique et qu’il n’a pas été modifié.

Selon la blockchain, l’anonymat sur les personnes impliquées dans une transaction est plus ou moins garantie, de même que son objet. Le contenu (d’un document numérique authentifié par blockchain par exemple) n’a a priori pas vocation à être stocké sur la blockchain. Ne sont inscrits qu’une signature électronique et un horodatage. Mais de nouvelles générations arrivent et envisagent de faire plus…

 

On dit « la » blockchain, il n’y en a donc qu’une ?

Non, c’est par abus de langage que l’on parle de “la blockchain”, en évoquant ainsi des principes technologiques – sinon conceptuels, comme la décentralisation. Il y en a plus de 2000 publiques (qui sont loin d’être toutes des projets sérieux) et sans doute autant de privées. Les deux principales blockchains, à savoir Bitcoin et Ethereum, sont open source, c’est-à-dire que l’on peut librement copier et modifier le code pour créer sa propre blockchain, ce qui favorise l’apparition de nouveaux projets.

 

Et le Bitcoin dans tout ça ? C’est une blockchain, une crypto-monnaie ?

La blockchain est constituée d’un protocole – une façon de se “parler” sur un réseau – sur lequel on va échanger un “jeton” : une crypto-monnaie, qui va servir à financer en quelque sorte ce dialogue.
C’est un peu confusant, mais d’usage le crypoactif va porter le même nom que sa blockchain. Par convention, on va les distinguer à l’écrit en affublant une minuscule à la crypto-monnaie et une majuscule à sa blockchain.
Ainsi, la crypto-monnaie bitcoin repose sur la blockchain Bitcoin.

C’est en 2009 qu’est apparu le Bitcoin. Un certain Satoshi Nakamoto (dont la véritable identité et nationalité restent un mystère) publie sur Web un document de 10 pages qui pose les bases de la première génération de blockchain et des objectifs clairement affichés : la résistance à la censure (ce sont les débuts des WikiLeaks et des lanceurs d’alerte comme Snowden), la transparence dans les échanges et au passage un petit tacle à la « Finance » – qui depuis s’est bien rattrapée sur le sujet.

Pour aller plus loin : le rapport au Ministre de l’Économie et des Finances sur les crypto-monnaies.

La valeur économique du bitcoin, comme à peu près toutes les crypto-monnaies actuelles, est déterminée par l’offre et la demande (plus il y a d’acheteurs, plus il coûte cher). C’est en grande partie ce qui a déclenché la frénésie spéculative de 2017.

 

La blockchain, réservée aux gros moyens et aux pays très peuplés ?

L’état américain de Géorgie a basculé en 2016 sur un cadastre blockchain (incluant le service de notaire et la gestion du titre de propriété), la Suède en 2017. Le Honduras et le Ghana ont des projets similaires concrets tandis que l’Algérie y pense sérieusement.

Cet appareil basé sur la blockchain et l'intelligence artificielle permet aux habitants des pays en développement de créer une identité unique. Image par IDBox

Cet appareil basé sur la blockchain et l’intelligence artificielle permet aux habitants des pays en développement de créer une identité unique. Image par IDBox.

Dans le monde, des plateformes interopérables sont ainsi apparues pour aider les gouvernements et les opérateurs privés à construire des écosystèmes inclusifs, soucieux des préceptes d’égalité et de diversité prodigués par la « philosophie blockchain » , qui oscille entre ultralibéralisme libertarien et philosophie du bien commun.

La banque mondiale co-finance ainsi un programme, donnant une large place à la blockchain, avec pour objectif de fournir une identité (numérique) au milliard d’humain qui en est dépourvu, le privant ainsi de démarches élémentaires. La Suisse a ainsi lancé une plateforme d’identité pour les réfugiés Birmans.

Avec ses enjeux philosophiques, éthiques, politiques et juridiques, les voisins du Pacifique de Nouvelle-Calédonie ne sont pas en reste sur la technologie blockchain. Ils ont perçu le vecteur d’investissement économique que représente la technologie mais aussi ses concepts d’inclusion, de transparence et de sécurité.

La Papouasie compte parmi les pays les plus pauvres du monde : 85% des citoyens n’ont pas accès aux services et institutions financières de base. Ainsi, la banque centrale de Papouasie a fait preuve d’une réelle innovation en début d’année en implémentant la technologie blockchain dans ses systèmes de paiement et de gestion des identités au profit des villages enclavés du territoire papou. Le gouvernement de Papouasie a remis le couvert au printemps 2018 en créant une zone franche dans une des îles de l’archipel dans la région de Finschhafen : les start-ups de la blockchain peuvent ainsi évoluer dans un environnement à la réglementation et aux taxes très allégées.

La société Tahitienne Blue Frontiers organise son ICO  (Initial Coin Offering), une levée de fond via blockchain, avec pour ambition de bâtir les premières « Iles flottantes ». Le projet vise aussi la mise en place d’une forme de démocratie directe (permise par la blockchain), fondée sur la prise de décisions collectives.

Hors Pacifique, Malte, 450 000 habitants, accueille des plateformes d’échanges européennes mais aussi Binance, numéro un mondial qui annonce un bénéfice de 1 milliard de dollars en 2018. En plus d’une taxation de 5%, l’État maltais s’offre une promotion et une collaboration de pointe pour utiliser la technologie blockchain dans des projets humanitaires et des organismes de bienfaisance avec sa fondation blockchain Charity Foundation.

La France, très en avance sur le plan législatif, a présenté un projet de loi ratifiant l’ordonnance n° 2017-1674 du 8 décembre 2017 relative à l’utilisation d’un dispositif d’enregistrement électronique partagé (la blockchain) pour la représentation et la transmission de titres financiers. L’ordonnance attend désormais son décret d’application, actuellement soumis à consultation publique par la Commission européenne. Mais elle contient déjà des dispositions particulières pour la Nouvelle-Calédonie.

Ce n’est pas encore aussi extrême qu’au Vanuatu où la nationalité peut être acquise pour 42 bitcoins (environ 30 000 000 XPF ou 240 000 €) mais la technologie blockchain, encore très timide sur le territoire, pourrait bien bouleverser l’économie et les habitudes en Nouvelle-Calédonie.

 

Quelles applications avec « la » blockchain ?

On peut distinguer les catégories d’applications suivantes :

  • Les applications d’actifs (monnaie, titres, votes, actions, obligations…).
  • Les applications registre : assurer la traçabilité des produits ou de documents.
  • Les smart contracts : des programmes autonomes et « intelligents » capables d’exécuter les conditions et termes d’un contrat.

Encore un peu confus ? c’est normal !
Dans le prochain article, nous illustrerons par des exemples basées blockchain et profitables à la Nouvelle-Calédonie !

Commentaires (3)

Bonjour, bravo pour votre article. Content que des personnes s’intéressent à cette technologie en NC !

ia orana, merci pour cet article (à quand la suite?)
Concernant l’acquisition de nationalité au Vanuatu, est-il possible d’avoir une source ?
Maururu

Merci Hellmouth, la suite arrive ! 🙂
Pour la nationalité au Vanuatu, tu trouveras le lien ci-dessous. Mais il semble depuis que le gouvernement du Vanuatu a désavoué l’agent à l’origine de cette information ou en tous cas l’a infirmée – mais on peut toujours l’acheter en dollars.

Chairman of the Vanuatu Information Centre Geoffrey Bond noted that “the Government of Vanuatu has explicitly expressed a desire to be at the forefront of adopting new technologies, officially encouraging the VIC to receive payments in Bitcoin.”

https://www.imidaily.com/asia-pacific/vanuatu-citizenship-program-accept-bitcoin-payments-pilot-block-chain-based-due-diligence/

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