La télémédecine est-ce une réalité ?

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Les technologies évoluent de plus en plus rapidement, il va de soi que la médecine saisisse ce tournant ; la télémédecine en est une preuve et se développe. Certains la voient comme une simple consultation Skype, d’autres trouvent au contraire l’idée trop complexe et y oppose des freins juridiques, humains et économiques. C’est pour cela que même si l’engouement pour ces nouvelles technologies numériques est certain, un cadre doit venir organiser et réglementer ces pratiques. Que se cache-t-il donc réellement derrière le terme de « Télémédecine » ?

 

La télémédecine, quelle définition ?

C’est la loi « Hôpital, Patients, Santé, Territoires » (HSPT) du 21 juillet 2009 qui donne une réelle définition de la télémédecine comme étant « une forme de pratique médicale à distance utilisant les technologies de l’information et de la communication. Elle met en rapport, entre eux ou avec un patient, un ou plusieurs professionnels de santé, parmi lesquels figure nécessairement un professionnel médical et, le cas échéant, d’autres professionnels apportant leurs soins au patient.

Elle permet d’établir un diagnostic, d’assurer, pour un patient à risque, un suivi à visée préventive ou un suivi post-thérapeutique, de requérir un avis spécialisé, de préparer une décision thérapeutique, de prescrire des produits, de prescrire ou de réaliser des prestations ou des actes, ou d’effectuer une surveillance de l’état des patients. »

 

La télémédecine se décompose en 5 actes (selon le décret de la loi française du 19 octobre 2010) :

  • La téléconsultation. C’est l’application la plus connue. Elle met en relation, par visioconférence ou téléconférence, un patient avec un professionnel médical ;
  • La télérégulation. Cette forme de télémédecine est présente depuis longtemps, sans vraiment s’en rendre compte. Il s’agit de la réponse médicale apportée par téléphone par le SAMU, avec le centre 15 de régulation ;
  • La télésurveillance permet à un professionnel de santé de suivre à distance et d’interprèter les données médicales d’un patient et ainsi de réaliser son suivi médical ;
  • La téléexpertise permet de solliciter l’avis d’un autre professionnel de santé pour la prise en charge d’un patient ;
  • La téléassistance permet à un professionnel de santé, d’assister à distance un autre professionnel de santé pendant un acte médical.

 

La télémédecine, une réponse aux enjeux actuels du système de santé

La télémédecine a longtemps eu mauvaise presse : mise en place d’une barrière entre le patient et son médecin, peur du non-respect du secret médical, usurpation d’identité, peur de l’échange de données par internet, consultations bâclées, …

Aujourd’hui, les pionniers démentent ces accusations et voient en la télémédecine un moyen de pallier les difficultés actuelles et de répondre aux enjeux liés au système de santé :

  • Inégalité d’accès aux soins que ce soit géographiquement (déserts médicaux avec une faible densité de médecins et notamment de spécialistes) ou socialement (patients détenus)
  • Augmentation des maladies chroniques ou des suivis de personnes âgées
  • Besoin de faire des économies (réduire les transports de patients, les hospitalisations prolongées)

Ainsi la télémédecine peut accompagner le virage ambulatoire, en apportant une expertise spécifique lors du suivi du patient à son domicile et en renforçant l’activité des réseaux Elle peut aussi permettre d’éviter le non-recours aux soins des populations isolées. Elle fait ainsi bénéficier d’une nouvelle offre : les publics qui ne pouvait y prétendre auparavant.

Par exemple, de par l’augmentation de l’espérance de vie, la population compte de plus en plus de personnes âgées qui sont indépendantes mais qui ont besoin d’un suivi médical. De nombreux outils existent aujourd’hui pour assurer la sécurité de ces personnes et leur faire bénéficier d’un suivi médical en évitant les contraintes de déplacement. Ainsi, les objets connectés, associés au télésuivi, vont permettre de se substituer à une visite chez le médecin tout en conservant la qualité d’un suivi médical.

Autre exemple, le téléAVC qui permet, via la téléassistance, de faire appel à un neurologue à distance pour gérer les urgences et favorise ainsi le partage de connaissances et des bonnes pratiques.

Bien d’autres exemples prouvent que la télémédecine permet de résoudre les déficits du système de santé : l’interprétation à distance des examens d’imagerie qui permet de faire face à la pénurie de radiologues ; la télérégulation en EHPAD[1], système de plateforme d’appel médical pour avoir à tout moment recours à un avis médical concernant un patient et dont le médecin a accès au dossier médical partagé et qui permet de mutualiser les médecins coordonnateurs entre plusieurs EHPAD, …

Une autre fausse-idée concernant la télémédecine est la déshumanisation des échanges. Les applications de la télémédecine nécessiteront toujours l’implication humaine. La télémédecine vient d’ailleurs d’être reconnue comme une compétence à part entière puisqu’un diplôme existe pour compléter la formation des acteurs de soins à partir d’un BAC+3. De plus, l’ouverture à de nouvelles expertises de soins permet, au contraire, de développer de nouveaux échanges.

 

La télémédecine, où en sommes-nous ? Que dit la réglementation ?

En France, la télémédecine se développe petit à petit et commence à être reconnue comme un acte à part entière. Ainsi, des subventions sont allouées par projet par l’Agence Régionale de Santé, pour peu que les thématiques fassent parties du plan stratégique régional. C’est ensuite au porteur de projet d’établir le modèle économique et le montant de la rémunération de chacun des acteurs.

Cependant, ce modèle non pérenne est critiqué par les acteurs du système de santé. Depuis 2014, 9 régions expérimentent les nouvelles tarifications : des actes de téléconsultation sont rémunérés pour les médecins généralistes (spécialistes et psychiatres), des actes de téléexpertise comme la rétinographie sont organisés et remboursés, des forfaits sont alloués pour les médecins pratiquant la télésurveillance… L’absence d’un réel modèle tarifaire était un frein au passage de la télémédecine du mode projet à sa généralisation et l’appui politique sur sa réglementation devrait permettre aux plus frileux de s’y lancer.

Afin de déployer ce type de solution, il faut également veiller aux respects des contraintes techniques telles que l’hébergement sécurisé des données, l’authentification forte des professionnels de santé, l’information et le recueil du consentement du patient, la traçabilité des accès, … Par exemple, la téléconsultation nécessite de répondre à certaines règles comme un double écran permettant de voir le patient et d’avoir accès à son dossier, d’avoir des caméras et une résolution d‘écrans de qualité supérieur, …

 

La télémédecine, une solution en Nouvelle-Calédonie ?

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En Nouvelle Calédonie, des projets avaient été initiés par les provinces tels que la téléorthophonie ou le télésuivi par objets connectés mais ils ont rencontré des difficultés de mise en œuvre, comme la non-légitimité des agents de télémédecine, le déploiement d’un outil trop complexe ou encore des difficultés techniques d’accès au réseau. D’autres initiatives locales ont persévéré et montrent des résultats probants aujourd’hui à l’instar de l’ATIR[2] qui réalise des téléconsultations pour les patients en insuffisance rénale et répond ainsi à une grande demande.

De nombreux acteurs sur le territoire, qu’ils soient médicaux ou patients, font part de leur besoin d’un meilleur accès à l’offre de soins ou d’un recours à une expertise médicale. Fort des écueils à éviter suite aux premières expériences, la télémédecine, réfléchie avec une organisation médicale adaptée au niveau de l’ensemble du territoire entre les centres requérant et requis, peut être une solution à ces demandes.

 

[1] Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes

[2] Association pour la prévention et le Traitement de l’Insuffisance Rénale

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