Les nouvelles technologies au service du partage de l’information médicale

Dossier patient informatisé

A quoi sert le dossier médical partagé ? Quels sont ses avantages ?

Le dossier médical partagé (DMP) n’est pas un outil de production de soins et n’a pas vocation à remplacer les logiciels métiers utilisés par les professionnels de santé qui sont bien spécifiques à chaque spécialité. C’est un outil de partage, sans double saisie qui vient en complément des logiciels métiers et est alimenté par ces derniers. Ses usages sont plus appliqués aux parcours de santé faisant intervenir plusieurs professionnels de différentes structures (suivi des maladies chroniques, parcours de la femme enceinte, patients pluri-pathologiques, …). Le dossier partagé prend également tout son sens en cas d’urgence médicale. En effet, si à minima un volet médical de synthèse composé des renseignements cliniques (pathologies, antécédents médicaux et chirurgicaux, facteurs de risques, allergies…), des traitements, les points de vigilance, … est disponible pour les services d’urgences, cela permet aux professionnels de santé prenant en charge la personne, bien souvent non connue de leurs services, de prendre une décision éclairée et de réaliser le bon diagnostic.

Pour le patient, cela lui garantit une meilleure prise en charge grâce à une coordination efficiente entre professionnels de santé qui peuvent échanger les informations, au bon moment, tout au long du parcours du patient et ainsi éviter les ruptures du circuit de l’information. D’un point de vue économique, cela permet d’éviter la redondance des examens, ainsi que de diminuer les erreurs de prise en charge.

Au-delà de la dynamique d’informatisation du parcours de soins enclenchée par le Dossier Patient Informatisé (DPI) en interne des structures, le DMP s’inscrit dans une transformation du système d’information de santé. Il permet de répondre à des problématiques de santé publique et de travail de coordination entre les médecins de soins primaires et les hospitaliers, mais également avec les autres professionnels de santé intervenant dans la prise en charge du patient. Le DMP donne l’opportunité de replacer l’usager au cœur de son parcours de soins puisqu’il a accès facilement à toutes les informations le concernant.

 

Le dossier médical partagé en métropole…

Dossier medical partage

L’idée du dossier médical partagé a émergée en métropole au début des années 2000. La loi du 4 mars 2002 a introduit la notion de dossier médical personnel. Il s’agit du carnet de santé électronique du patient. Ce dernier est libre de donner les accès aux professionnels de santé et structures qui le prennent en charge, il peut également ajouter les documents qu’il juge nécessaires à la coordination de ses soins. De plus, une fois leur accès autorisé, les acteurs de santé peuvent venir déposer manuellement ou automatiquement, via leur système d’information (logiciel de cabinet ou dossier patient informatisé), des documents concernant le patient (compte-rendu, résultats d’examens, prescriptions, …). L’identification du patient se fait par son Identifiant National de Santé, calculé automatiquement à partir de son numéro de sécurité social, son prénom et sa date de naissance. Les professionnels de santé accèdent à ce dossier en s’authentifiant via leur carte de professionnel de santé.

Le déploiement du DMP en métropole a piétiné. D’importants efforts matériels et humains ont été mis en place pour un volume de dossiers ouverts très faible : moins de 500 000 dossiers. Les principaux freins rencontrés sont les besoins d’importants efforts pour mener la conduite du changement alors que les solutions techniques d’interopérabilité n’étaient pas mises en œuvre. La faible communication auprès du grand public est donc déléguée aux médecins traitants déjà surbookés en administratif.

Mais, en août 2014, la ministre de la santé, Marisol Touraine, annonce que la gestion du projet DMP est retirée de l’Agence des Systèmes d’Information Partagé en Santé (ASIP Santé) pour être confiée à la Caisse Nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés (Cnamts). Cette dernière modifie la stratégie de déploiement et mise sur le patient, acteur de santé, pour promouvoir l’usage de son dossier électronique. Ce qui promet une meilleure adhésion des professionnels de santé et des usagers.

… Et dans les autres pays ?

D’autres pays que la France ont développé un dossier médical partagé : le Royaume-Uni, le Danemark, les Etats-Unis, la Nouvelle-Zélande, … Les projets observent des états d’avancement et des stratégies de déploiement différentes : entre les dossiers initiés par les patients, les dossiers obligatoires, les dossiers gérés par territoire ou par région, les projets d’interopérabilité entre les différents dossiers existants dans chaque structure, etc.

Par exemple, le projet britannique « Connecting for Health », initié en 2002, avait comme objectif une refonte totale du système de santé avec un système d’information unique et centralisé, une prise de rendez-vous, le transfert des ordonnances et le partage du dossier médical des patients. Cependant, le projet a été stoppé en 2010 pour réaliser des économies car le chantier était d’envergure trop importante et les nouvelles technologies évoluent trop rapidement pour pouvoir planifier des projets de refonte informatique sur une aussi longue période. Les orientations du gouvernement britannique ont été revues pour laisser les établissements conserver leurs propres systèmes d’information mais poursuivre sur l’idée d’un dossier médical interopérable et communiquant pour chaque citoyen.

L’Allemagne a, quant à elle, décidé de mettre en place une carte électronique comme support de stockage des informations médicale du patient, ainsi que les données concernant l’assurance maladie.

En observant les projets des voisins à l’international, il apparait qu’à minima, l’objectif est d’avoir une plateforme centrale sécurisée communiquant avec les logiciels métier des différents acteurs de santé afin de bénéficier d’un dossier patient numérique commun. A cela peuvent être annexés des services supplémentaires : utilisation directement à partir des logiciels métier, gestion de données structurées, moteurs de recherches, outils décisionnels, fonctionnalités métier, …

Chaque outil apporte ses avantages et inconvénients, à mesurer en fonction du contexte du territoire.

A quand le dossier médical partagé en Nouvelle Calédonie ?

Dossier informatisé santé

En ce qui concerne la Nouvelle Calédonie, il n’existe à ce jour aucun dossier patient partagé. Même si les établissements bénéficient du même logiciel, idem pour les médecins libéraux, l’information reste cloisonnée. Réfléchir à une démarche de partage commun de l’information médicale est une question d’actualité qui ne va pas sans aborder des prérequis tels que la réglementation autour des données de santé pour laquelle la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) doit être impliquée afin de donner son avis sur la sécurité, l’identification unique des patients et des professionnels de santé sur le territoire, la définition des contenus à partager et des conditions d’habilitation …. Une telle solution permettrait d’améliorer la coordination entre les professionnels de santé, notamment entre la ville et l’hôpital, en partageant les informations utiles à une prise en charge efficiente du patient. Cela permettrait également d’assurer le suivi des patients éloignés géographiquement. L’idée pourrait également être dans un deuxième temps de réfléchir à un dossier suivant les patients dans leurs déplacements au-delà du territoire de la Nouvelle-Calédonie, permettant ainsi un échange de données médicales simplifié en cas d’évacuation sanitaire par exemple. De plus, fort des expériences des autres pays qui ont initié des démarches similaires, il semble que la Nouvelle Calédonie pourrait faire ressortir le meilleur pour s’adapter au mieux aux besoins des professionnels de santé.

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