Vers la fin du Schéma Directeur ?

Système d'information

Les Directions des systèmes d’Information (DSI) sont aujourd’hui confrontées à des changements de plus en plus rapides et réguliers qui demandent à leurs systèmes d’information une évolution tout aussi rapide et régulière. Dans ce contexte, la pertinence d’un schéma directeur du système d’information – qui implique d’établir une vision à long terme – est logiquement remise en question.

Qu’est-ce qu’un schéma directeur du système d’information ou SDSI ?

Le schéma directeur est la feuille de route de la DSI. Il traduit la vision stratégique de l’organisation et établit un axe de travail en respect avec cette vision. Un de ses objectifs est d’anticiper les grandes évolutions qui vont impacter le système d’information de manière à lisser dans le temps les différents projets et à définir les priorités. Outre cet aspect planification, le schéma directeur calcule également le budget nécessaire à la réalisation de ces objectifs. Il fixe ainsi les objectifs et les moyens pour mettre en œuvre la stratégie définie par l’organisation.
Le schéma directeur est généralement défini sur une période de deux à six ans.
Les démarches classiques d’un schéma directeur sont :

 Analyse de l’existant

Cette étape consiste à faire un état des lieux du système d’information de l’organisation en mentionnant ses points forts et les perspectives d’amélioration à intégrer dans le nouveau SI. L’analyse s’étend généralement à l’architecture organisationnelle et métier.

 Définition des nouveaux besoins

Cette étape identifie les nouveaux développements à prévoir dans la période définie par le SDSI. Elle définit les impacts en termes de délais, de coûts et d’organisation.

 Cible du nouveau SI

Cette étape permet de définir l’orientation à donner au nouveau SI et ses objectifs.

 Scénarios possibles

Cette étape se concentre sur les différents moyens à disposition de la DSI pour réaliser ses objectifs.

 

Le schéma directeur du système d’information est rédigé pour répondre à des problématiques multiples. Il peut par exemple être utilisé pour préparer une transformation et anticiper les chantiers préparatoires qui permettront cette transformation de la manière la plus fluide possible. Dans tous les cas, il doit chercher à accompagner un changement avec les différentes équipes impliquées dans son élaboration.

Le schéma directeur est-il devenu obsolète ?

La plus grande difficulté à laquelle fait face le schéma directeur informatique est l’instabilité de son environnement. Le changement a toujours fait partie de la vie d’une DSI mais ce changement s’est prodigieusement accéléré durant les dernières années. Que ce soit dans les habitudes de consommation, les réglementations ou les technologies, le changement est devenu la norme et pousse la DSI a toujours plus de réactivité quant à l’évolution de son système d’information. A ces changements s’ajoute l’émergence de nouveaux concurrents innovants qui brisent les règles du jeu établies depuis des décennies en proposant des méthodologies nouvelles et un modèle économique nouveau.

Tous ces facteurs de changement obligent les DSI à s’adapter rapidement de manière à accompagner les transformations plutôt que de les freiner. C’est un des challenges les plus difficiles et les plus passionnants auquel fait aujourd’hui face une direction informatique.

En prenant en compte la rapidité et la soudaineté à laquelle la DSI doit faire évoluer son système d’information, le schéma directeur est-il devenu obsolète ? La question peut légitiment se poser. Trop complexe, trop cher, trop lent, trop rigide, le schéma directeur qui a l’ambition de fixer les évolutions informatiques pour les six années à venir est-il réalisable dans le contexte actuel ?

Réinventer le schéma directeur ?

Prendre en compte les réalignements stratégiques

 Les directions informatiques sont amenées – pour suivre la tendance – à redéfinir constamment leurs caps. La stratégie est ainsi régulièrement remise en question et adaptée pour épouser les évolutions d’un marché en constante mutation. Cette nécessaire adaptation restreint la capacité de prédiction des organisations à définir des projets qui auront lieu dans six ans.

Un des points clés pour suivre ces réorientations stratégiques est de définir des projets moins longs et plus flexibles. Cet ajustement permet de ne pas bloquer une partie importante des ressources de l’organisation sur des projets devenus obsolètes suite à un réalignement stratégique.

Prendre en compte le changement des mentalités

Les schémas directeurs sont, pour la plupart, impulsés par le management. Ils traduisent la vision stratégique de ce même management en un plan d’actions qui est ensuite transmis aux « réalisateurs » chargés de mettre en œuvre cette vision. Or les « réalisateurs » ont disparu, remplacés par des « contributeurs » qui cherchent à retrouver le sens de leurs actions. Ces « contributeurs » n’épouseront la ligne stratégique de leur organisation qu’à condition d’avoir été sollicités par leur direction. Ils chercheront également plus volontiers à voir les résultats de leurs actions, et ce à plus court terme.

Le nouveau schéma directeur doit prendre en considération de nouvelles approches qui permettent d’établir un dialogue réel entre la direction et les contributeurs, qui permettent une co-construction de la vision stratégique de l’organisation afin que toutes les parties prenantes adhèrent pleinement à cette dernière. Car la réussite d’un schéma directeur tiendra à sa capacité à fédérer les collaborateurs autour de lui, à mobiliser suffisamment de personnes et de moyens pour que le plan puisse être mis en œuvre.

Renforcer les objectifs à court terme et injecter de l’agilité

Comme expliqué précédemment, définir précisément l’ensemble des actions à mettre en œuvre pour les six prochaines années est illusoire. Au-delà d’un certain temps, les perspectives deviennent incertaines voire totalement floues. Le nouveau schéma directeur doit donc définir un horizon de travail restreint qui permettra de mobiliser pleinement les collaborateurs. Au-delà de cet horizon, l’organisation conserve sa capacité à impulser une vision, sans pour autant bloquer toutes ses ressources sur un avenir imprévisible. Le « comment » sera imaginé plus tard, quand les perspectives seront à nouveau visibles.

Le nouveau schéma directeur – pour être pertinent – doit également être construit en privilégiant des méthodes participatives et collaboratives. La communication entre le management et les collaborateurs doit pleinement faire partie du processus de rédaction. En ce sens, injecter de l’agilité permet de définir des horizons plus courts et plus propices à la valorisation des résultats et des hommes.

La survie du schéma directeur : s’adapter

Le schéma directeur comme le système d’information doit donc évoluer et s’adapter pour survivre. Fini l’encyclopédie complexe et difficile d’accès, le nouveau schéma directeur doit s’intégrer pleinement dans une dynamique collaborative en utilisant des méthodes agiles afin de mobiliser toutes les parties prenantes. Des objectifs à plus court terme sont définis afin de valoriser les résultats et les hommes et à ne pas paralyser les moyens mis à la disposition d’une DSI sur plusieurs années.  Cette capacité à s’adapter et à s’ouvrir permettra au schéma directeur de conserver sa pertinence.

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